miércoles, 2 de julio de 2014

AL FINAL GANO BRASIL


« Aquarela do Brasil » remporte le match face à l'hymne de la FIFA

LE MONDE .

C'est un métier que de vendre des places dans un stade et des maillots dans une boutique de produits dérivés. C'en est un autre que de populariser une chanson. La Fédération internationale de football (FIFA) en fait l'expérience avec l'hymne officiel du Mondial brésilien, We Are One (Ole Ola). Chanté par un trio disparate constitué par le rappeur de Miami d'origine cubaine Pitbull, la chanteuse américaine de souche portoricaine Jennifer Lopez et sa consœur brésilienne Claudia Leitte, il est diffusé dans les stades de la Coupe du monde.

Et c'est à peu près tout. Les Brésiliens ont peu goûté ce brouet dance avec des tambours de carnaval pour la couleur locale. Ils ont objecté que leur scène comptait suffisamment de talents sans que l'on fasse appel aux stars internationales. Cette remarque vaut pour les musiciens sud-africains, auxquels la FIFA a préféré en 2010 la Colombienne Shakira et son Waka Waka.
We Are One n'a pas fait l'unanimité. Son interprétation par le trio, le 12 juin à Sao Paulo, lors de la cérémonie d'ouverture, n'a attiré que deux sortes de commentaires : pour moquer le pantacourt porté par Pitbull et pour soupçonner un playback. Beaucoup avaient râlé que l'on n'entende pas plus Claudia Leitte sur le single. La Bahianaise s'est rattrapée en introduisant seule We Are One par quelques mesures d'une chanson appartenant au patrimoine national, sinon mondial, Aquarela do Brasil.
Un air populaire pour le coup, programmé dans les hôtels et siffloté avec plaisir par les touristes. Il s'est imposé de facto comme l'hymne officieux du Mondial. Il faut dire aussi que tous le connaissaient avant de venir : adapté en anglais sous le titre de Brazil, Aquarela do Brasil a fait l'objet de centaines de reprises.
INTERPRÉTATION HOUBLONNÉE
La propagation est liée à son utilisation en 1942 dans Saludos Amigos, un long-métrage de Disney sur l'Amérique latine qui « s'inscrivait dans le cadre de la politique de bon voisinage de Roosevelt », explique l'historien des musiques populaires, Marcos Napolitano, de l'université de Sao Paulo. Rapidement, « Aquarela a été enregistré par des dizaines d'orchestres et intégré dans le répertoire des big bands ». Django Reinhardt, le roi de la rumba Xavier Cugat, Frank Sinatra ou The Ritchie Family (en disco) s'en sont emparés. En 1985, le tube a donné son titre au film d'anticipation Brazil, de Terry Gilliam.
Mais il existe une nouvelle version qui fait fureur au Mondial : celle que beuglent les supporteurs belges dans les tribunes, produisant un effet viral. « La, laaaaa/La, la, la, la, la, la, la, laaaaa… Brazil ! » Ravis d'être du voyage après douze ans d'absence en Coupe du monde, les Diables rouges l'ont adoptée dès leur qualification acquise, à l'automne 2013 lors d'un déplacement en Croatie. Ils l'ont emportée avec eux, et les Caricocas, à la fois médusés et flattés, ont pu découvrir leur interprétation houblonnée lors de la victoire belge contre la Russie le 22 juin. Elle ne manquera pas d'être entonnée à Salvador de Bahia si les hommes de Marc Wilmots battent les Etats-Unis en huitièmes de finale le 1er juillet.
« UNE IMAGE IDÉALISÉE DU BRÉSIL, TYPIQUE DES ANNÉES 1930 »
Aquarela do Brasil a été écrite en 1939 par Ary Barroso, musicien et commentateur de foot. « Il a voulu composer une samba acceptable pour les élites blanches, autour de la nature brésilienne et du mélange des races, explique Marcos Napolitano. Aujourd'hui, la chanson représente une image idéalisée du Brésil, typique des années 1930 et 1940, lorsque l'idée de “brasilianité” a été construite à partir des trois identités, samba, carnaval et football. Dépourvue de sa fonction idéologique originelle, elle est devenue une sorte d'hymne affectif. »
Une lecture classique d'Aquarela souligne en effet sa connivence avec l'Estado Novo, la dictature instaurée en 1937 par Getulio Vargas. « Il n'existe aucun lien officiel direct entre elle et le gétulisme, nuance Marcos Napolitano. Cependant, il est indéniable qu'Ary Barroso tenait un discours nationaliste et que sa chanson s'inscrit dans le climat autoritaire et vaniteux du régime. Il y avait un débat sur l'“ assainissement” de la samba, souhaité par de nombreux intellectuels conservateurs et bureaucrates. Ils voulaient le débarrasser de ses éléments considérés comme “africains”, les fortes percussions, par exemple. »
« En définitive, Aquarela do Brasil appartient à l'inconscient collectif du Brésil, tant pour les Brésiliens que pour les étrangers », constate Marcos Napolitano, en rappelant que la délégation brésilienne défilait dans le stade olympique de Londres en 2012 en chantant ce « Brésil vert qui fait l'admiration du monde entier » : « C'est une chanson vibrante et dynamique, qui a survécu au temps et est devenue un symbole culturel. Sa force aussi est de ne pas être un phénomène de mode commandé par l'industrie phonographique. »
Bruno Lesprit

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